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Après avoir rampé pendant des heures dans les égoûts sales et malodorants qui suivaient les courbes des souterrains des geôles, la jeune elfe et sa mystérieuse libératrice finirent par déboucher sur une sortie, scellée d'une grille. La jeune femme aux cheveux onyx exprima une ferme frappe des talons, les gonds rouillés par l'écoulement permanent des eaux usées sautant sans le moindre mal. Se glissant alors au-dehors pour retomber dans une mare aux relents nauséabonds, les deux fuyardes se hâtèrent d'en atteindre la rive pour se hisser sur la berge et souffler de soulagement.

« C'était la partie facile. En route ! » s'exclama la brune, avant de se redresser pour s'enfoncer dans les bois environnants d'une démarche vive. « J'ai autre-chose à faire, et j'ai assez perdu de mon temps à t'attendre dans ces cachots immondes. »

« Qui es-tu ? » lui lança la Thalassienne en lui emboîtant le pas, ne sachant pas réellement pourquoi elle la suivait. Avait-elle réellement le choix ? En cavale, sûrement déjà traquée par la Garde ? « Pourquoi m'as-tu sortie de ces geôles ? Explique-moi ! Je veux savoir ! »

La jeune femme ne répondit que d'un grondement sec, occupée à frotter sa tunique salie. Passant près d'un groupe d'arbustes, elle en sortit ses effets, comprenant un six-coups, un sabre d'abordage et un tricorne de vieux cuir, rapiécé à plusieurs endroits. Elle jeta un regard en arrière, vérifiant que l'Elfe suivait toujours le rythme, et repris sa route.
Pendant plusieurs heures, les deux jeunes femmes traversèrent tantôt des bois, tantôt des clairières dégagées, accélérant alors la cadence en cas de patrouille inopinée de la Garde. Elles marchèrent jusqu'au Crépuscule, atteignant alors un petit campement, engoncé dans une crique à flanc de falaise. Là-bas, l'agitation régnait. Les hommes de main qui stationnaient sur place semblaient sur le qui-vive, prêts à lever l'ancre de la petite frégate qui flottait à quelques encablures du rivage. Toutes voiles noires dehors, et son drapeau rouge rubis flottant au vent, il était magnifique, avec sa coque d'ébène bercée par les vagues. Rapidement, la mystérieuse femme et la Thalassienne traversèrent les campements jusqu'à parvenir à une tente plus grande que les autres, dans laquelle elles s'engouffrèrent.

Près d'une table de vieux bois -sur laquelle trônait une carte de routes maritimes-, se dressait un homme imposant. Ses tresses noires, parsemées d'anneaux d'argent et de petites cartouchières coulaient depuis le noeud sur le haut de son crâne pour s'élancer dans son dos. Et alors qu'il se redressait pour regarder la jeune femme et celle qui l'accompagnait, l'air se réchauffa dans la tente. Il fixa alors la Thalassienne, cette dernière poussant un hoquet de surprise. Des prunelles d'ambres, aussi flamboyantes que les braises attisées par le soufflet de la forge, une barbe sauvage, ornée de deux perles d'ivoires, et une balafre sur la tempe gauche. Le vraisemblablement pirate prit alors la parole, jaugeant la jeune elfe pour s'adresser à la femme au tricorne.

« C'est ça qu'on m'a envoyé chercher ? » s'exprima-t-il d'une voix rauque et éraillée, ferme. « Une câtin elfique à qui il manque la peau d'un oeil, au bord de l'inconscience ? Est-elle au moins capable de se battre ? »

« J'en ai égorgé des plus solides que vous ! » s'exclama la Thalassienne, qui regretta bien vite son ton de voix quand l'attention du pirate revint sur elle. Déglutissant, elle ramena sa main gauche vers l'arrière de sa ceinture, avant de remarquer que la dague qui devait s'y trouver trônait entre les deux mains de la femme au tricorne.

« Fait la monter sur l'Impérium, fille. À fond de cale. Et n'oublie pas les chaînes. »

« Les chaînes ? Quelles cha-.. »

La jeune Thalassienne n'eut pas le temps de finir sa phrase. Prise par derrière, elle sentit le fer froid se refermer une nouvelle fois autour de ses poignets, l'un après l'autre, avant de pousser un grondement de fureur lorsqu'un collier du même matériau se glissa autour de son cou. Et avant même qu'elle ne puisse répliquer, elle était poussée sèchement dehors et hissée sur une barque. Quelques coups de rames, et elle se retrouvait sur la frégate. L'Impérium. Le bâtiment naval avait tout d'un navire de guerre. Des canons lustrés et leurs réserves de boulets, des cordages et leurs grappins associés, des râteliers remplis d'armes et de mousquets, des tonneaux de poudre, de rhum et d'eau douce. Visiblement, elle était le dernier chargement que les forbans attendaient avant de quitter la baie.
Elle fut rapidement menée jusque la trappe menant à la cale, puis descendue et enchaînée aux parois de bois mouillé. Ricaneurs et moqueurs, ses geôliers remontèrent en échangeant quelques blagues de mauvais goût sur ce qu'ils pourraient lui faire avant de refermer la trappe, laissant le lourd panneau de bois claquer pour imposer le silence.

Observant aux alentours, la jeune femme tenta d'abord de tirer sur ses chaînes pour tenter de les arracher; peine perdue, elle était bel et bien captive de ce navire, aux mains d'un pirate dont la renommée ne lui était pas inconnue. On le surnommait le «Flamboyant». Rallan de Vail. Son pagne de chanvre noir ne signifiait qu'une chose, qui faisait frémir la frêle Thalassienne. Et alors qu'elle ressassait dans sa tête ces noires pensées, son pied heurta une masse plus ou moins solide, qu'elle identifia rapidement comme étant du sable. Et avec lui vinrent des gargouillis, borborygmes incompréhensibles tranchant le silence d'un écho funeste et lugubre. Elle n'était pas seule, et la traversée allait être longue.

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Quelques heures après avoir été descendue dans la cale du bâtiment navale par les hommes-de-main du «Flamboyant», les oreilles de la fluette frémirent en entendant l'ancre râcler contre le bois de la coque, remontée pour permettre au navire de prendre le large. Au travers des interstices laissés par la trappe, on entendait des ordres criés à l'intention des hommes, ces derniers laissant leurs pas résonner sur le bois du pont pour déranger la Thalassienne et son mystérieux colocataire, qui gémit de nouveau. L'Elfe ne tarda pas à se raidir contre la paroi de bois humide, distinguant à travers la pénombre la forme mouvante d'une silhouette qui rampait sur le sable en sa direction, lentement, ses bras squelettiques étirés vers l'avant. Et alors que la jeune femme s'apprêtait à lever le pied pour frapper, la silhouette s'arrêta à quelques pieds, retenue par une chaîne qui ceinturait son flanc.
Soupirante, elle se laissa glisser jusqu'au sol pour fermer l’œil droit, le gauche restant ouvert à cause de sa blessure, qui commençait à lentement sécher. Elle fixait la trappe d'un œil, priant pour que quelqu'un vienne lui tenir compagnie ; quelle qu'en serait la raison.

Et elle regretta bien vite son souhait. La trappe de bois se souleva lentement, alors que par l'ouverture créée surgirent les lourds solerets d'acier du Pirate. Il descendit jusqu'à fond de cale, le lourd panneau de bois se refermant après son passage dans un claquement sourd, laissant ses prunelles ambrées brûler dans la pénombre en lui offrant un air encore plus terrifiant. Son visage fut un instant éclairé d'une lueur rougeâtre, celle-ci jaillissant de la bouche de la pipe que le béhémoth tenait en main droite, laissant ses orbites être voilées par un voile brûmeux et odorant tandis qu'il fixait sa captive. Il s'approcha et lentement, s'accroupit devant elle.
Levant la main droite, il déposa son pouce contre sa joue gauche, tournant son visage pour observer la blessure, avant que sa voix éraillée et rauque ne résonne.

« Qui t'a fait ça ? »

« Des Gilnéens en colère.. » répondit la jeune Elfe après un temps d'hésitation. « Qu'est-ce que vous me voulez ? Pourquoi m'avez-vous fait sortir de ces cachots pour me mettre de nouveau des chaînes ? »

« Tu sais qui je suis, jeune fille ? » demanda le Cracheur en se redressant, gardant son attention sur elle. Il reprit la parole alors qu'elle hôchait la tête. « L'un de mes amis aimerait que tu le rejoignes, et sans ces chaînes, tu n'aurais jamais accepté de me suivre. Je me trompe ? »

« Qui est vôtre ami ? » demanda la Thalassienne, qui ne nia pas son affirmation. « Qu'est-ce qu'il me veut ? »

« Rencontrer la fille de l'une de ses connaissances. Si mes informations sont exactes, tu es l'enfant Scyther ? ». L'Elfe hôcha faiblement la tête, son oeil gauche rivé sur le visage de son geôlier. « Donc tu es bien celle qu'il veut voir. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Ce que tu es pour lui ? Je m'en fiche. Il me paye assez pour t'amener sans que j'ai besoin de poser de questions. »

L'homme revint sur ses jambes fléchies pour détailler la Thalassienne de son regard flamboyant, la fumée de sa bouffée odorante s'échappant de ses narines en deux fins filets grisâtres. Il tira l'une des dagues de la ceinture qui traversait son buste, déposant la pointe de son arme contre le flanc de la jeune femme, qui se raidit en l'observant, mâchoires serrées. Le pirate exécuta un mouvement rapide, cisaillant les lacets qui retenait la tunique de l'Elfe.
Celle-ci se décala brusquement, échappant un couinement alors que le collier de fer pressait sa gorge suite à l'écart.

« Tu devrais rester en place. Si tu te laisses faire, ce sera plus vite fini, et tu n'auras pas mal. Plus tu tenteras d'éviter ça, et plus ça durera, et plus tu auras mal. Qu'est-ce que tu choisis ? »

Le ton ferme et sans appel du Cracheur de flammes eu tôt fait de convaincre la jeune Elfe, qui gémit doucement avant de se figer en laissant l'homme approcher de nouveau. Celui-ci découpa finalement les lacets restants avant d'ôter la tunique de la jeune femme, révélant ses dessous de dentelle rougeoyante. Il répéta l'opération avec ses jambières, avant de se pencher sur elle, souriant d'un air satisfait.

Pendant que le pirate exécutait sa sordide besogne, l'Elfe eut le temps de scruter la pénombre à la recherche de la silhouette qu'elle avait aperçue plus tôt. Elle la retrouva dans un coin de la cale, recroquevillée sur elle-même alors qu'elle semblait visiblement chercher quelque-chose dans la masse sableuse sur laquelle elle reposait. Bien que masculine, la forme était rachitique, et le seul vêtement commun qu'elle portait était un pantalon en lambeaux de vieux tissu. Le reste de son corps était recouvert de bandelettes salies, qui remontaient également sur son visage. Des bandes qui masquaient son crâne s'échappaient quelques mèches brunes, ainsi que deux prunelles émeraude luisant d'un éclat désespéré.
La silhouette tourna finalement son attention sur la Thalassienne et de ses orbites sembla alors jaillir un éclat de compassion pour la jeune Thalassienne, secouée contre le bois sous le corps du pirate. La créature tenta d'articuler quelques paroles plus ou moins compréhensibles, qui furent rapidement étouffées par les gémissements forcés que la jeune femme poussait pour satisfaire son bourreau, ce qui eut pour effet d'abréger ses souffrances.
Se redressant sans un mot, le pirate ralluma sa liseuse d'un craquement d'allumette, laissant l'Elfe souillée se reposer contre la paroi de bois, les cuisses encore ouvertes, les larmes coulant le long de ses joues. En sortant, il ne prononça que quelques mots avant de refermer la trappe.

« Rhabille-toi comme tu peux, jeune fille, et tâche de dormir. Dans moins de deux heures, tu seras mise en cage, mes hommes aiment voir les câtins de ton espèce données en spectacle. »

Encore tremblante et enchaînée, la jeune femme se rhabilla maladroitement, sa tunique découpée gîsant sur le sol. Les lacets sectionnés, elle ne tenait plus et ne pouvait plus couvrir le buste de la Thalassienne, vouée à rester avec les dessous de soie révélés. Elle passa les deux heures qui suivirent à sangloter, recroquevillée sur elle-même, avant que la trappe ne s'ouvre de nouveau. Deux hommes vinrent la libérer et l'emportèrent sur le pont, la silhouette de bandelettes l'observant avec un visage plus humains que celui des geôliers malgré les bandes sales, et d'une voix profonde et lointaine, marmonna.

« Calvaire.. Fini.. Bientôt.. »


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