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Le fort de la Garnison se dessinait à l'horizon, élançant ses tours vers les cieux pour découper les nuages de rebords irréguliers de ses créneaux de pierre moussue. Le Garde cheminait déjà depuis plus d'une heure quand enfin il posa le pied sur le sentier pavé qui menait aux murs d'enceinte, jetant un œil à la Thalassienne qu'il était chargé de leur amener. La jeune femme restait plongée dans une demie inconscience, la douleur passée lui procurant parfois quelques sursauts gémissants alors qu'elle manquait de chuter de la selle de cuir, ne se retenant que par un réflexe fulgurant malgré son état vaseux.
Soupirant, l'homme-en-armes s'approcha de la jeune femme et la souleva avec douceur pour la remettre sur ses pieds, ramenant ses mèches vers l'arrière pour observer l'état de la blessure de son orbite. La chair mise à vif restait rouge et sanguinolente, ce qui arracha une grimace à l'homme. Il jeta une œillade en direction du fort de Garnison puis secouant la tête, attrapa une corde sur la selle de sa monture. Tirant sa dague de son fourreau, il en coupa une portion pour venir lier les poignets de la jeune elfe, marmonnant des excuses entre ses dents. Puis, il souleva la jeune femme pour la déposer à plat ventre sur la selle et reproduisit l'opération avec ses chevilles, les scellant de sa corde. Alors, replaçant sa dague dans son abri puis la corde sur l'attache, il reprit en main la longe de la jument puis reprit la direction du fort.

« Halte-là ! Qui êtes-vous ?! » hurla la sentinelle en place devant la grille du fort.

« J'arrive de la Capitale, avec une capturée ! » répondit l'homme-d'armes en arrêtant les mouvements de sa monture d'un geste de bras.

Suivirent les paroles de l'homme quelques secondes de silence avant que ne s'ébranle la grille qui fermait le fort, pour se soulever lentement dans de rauques bruits de rouages et de chaînes tirées. L'homme-en-armes se remit en route jusqu'à débouler dans la cour de la Garnison. Entre les murs de pierres grouillaient des dizaines de soldats arborant fièrement les couleurs de la Capitale de l'Alliance. Fourmillant sur la place pavée et poussiéreuse, ils ne s'offraient aucun répit, obéissant ici et là à une directive d'un supérieur, ou se dirigeant vers la Forge en fond de cour pour aller faire affûter leur lames ou renforcer le cerclage de leur égide. Le Garde de la Capitale traversa l'agitation pour s'arrêter devant les marches qui conduisaient au bâtiment principal, d'où émergeait celui qui semblait répondre à la fonction de Commandant, son heaume de fer bardé de plumes bleuâtres sous le coude. Il s'arrêta devant la jument, inspectant d'un bref regard la captive Thalassienne avant d'arrêter son attention sur le Garde.

« D'où est-ce que ça sort, ça ? » s'interrogea-t-il d'une voix sourde et éraillée, comme habitué à hurler pour distribuer ses ordres.

« Je l'amène depuis la Capitale. Elle fut trouvée en train de se faire torturer, et le Maréchal ordonna qu'elle vous soit amenée. »

« Et qu'est-ce que je suis censé faire d'une foutue Thalassienne, Soldat ? Vous pensez pas qu'on a assez d'ennuis comme ça avec les Défias de la Marche ? »

« Je.. Je sais pas, Commandant. On m'a simplement demandé de vous l'ame-.. » commença l'homme-en-armes en baissant la tête.

« J'ai compris, ça va. Emmenez-moi ça, et jetez-la dans un des cachots restants. »

Le Commandant plaça une bourse dans les mains du Garde alors que la Thalassienne était jetée à bas de la monture, puis traînée par les bras jusqu'à l'intérieur du grand bâtiment, ses talons rebondissant mollement sur chaque marche. L'homme-en-armes la regarda disparaître derrière les battants de bois de la porte, avant de tourner les talons dans un soupir, la longe de sa monture dans la main gauche tandis qu'il masquait la bourse sous son tabard.

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La Thalassienne fut jetée sur le sol d'un cachot miteux, dont la paille qui servait de lit transpirait d'humidité et d'odeurs nauséabondes. Geignante et gigotante, elle recula dans l'un des coins, fuyant les Gardes qui la brusquait de coups de pieds et d'injures diverses, ricanant de la voir dans cet état pitoyable. « Immonde sorcière ! » criaient-ils alors que la porte de la cage fut refermée pour laisser la jeune femme seule avec sa peine et sa douleur. Les hommes-en-armes rirent encore jusqu'à sortir des geôles, le grincement sonore d'une porte de vieux fer qu'on referme sans ménagement résonnant dans les escaliers.
Une fois certaine que ses geôliers furent partis, l'elfe peina pour se redresser, ses bras tremblants soutenant son tronc du mieux qu'elle le pouvait, la respiration forte et saccadée. Elle avait été tirée de son inconscience de façon brutale, et cela ne lui réussissait pas.
Rampant sur ses genoux jusque la porte de son cachot, la jeune femme se releva en s'agrippant aux barreaux, gémissant pour parvenir à rester debout. Elle se laissa aller contre le boisement craquelé et observa l'endroit de ses prunelles brûmeuses, qui s'habituaient peu à peu à la pénombre environnante.

Dans le fond de la pièce centrale, près d'une plaque d'égoûts, on distinguait trois autres cellules, chacune occupée par des personnages différents. Celle qui était la plus éloignée de la sienne était occupée par une femme aux cheveux d'or, au visage sale et aux vêtements déchirés, qui dévoilaient par endroits une peau hâlée et marquée de coups. Dans la cellule voisine, la Thalassienne distingua la silhouette d'un homme assis contre le mur du fond de son cachot, ses prunelles perçantes aux reflets d'écorce traversant la pénombre alors qu'il ne cessait de fixer la jeune elfe; de ses lèvres pâles s'échappait un flot ininterrompu de mots incompréhensibles, qu'elle ne chercha même pas à déchiffrer. La troisième cellule était occupée par une femme à la crinière sauvage et brune. Contrairement à ses comparses d'infortune, elle semblait en pleine forme, ses vêtements à peine maculés de la poussière des geôles. Elle gardait les paupières closes, un faible sourire sur les lèvres, comme si elle attendait quelque-chose de bien particulier. Ce fut elle qui mit en appétit la curiosité de la Thalassienne. Elle mit quelques instants avant de pouvoir s'exprimer correctement, sa voix enrouée par les pleurs et le manque d'eau.

« Vous avez l'air tranquille, pour quelqu'un qui se retrouve dans les geôles de la Garnison.. » lui dit-elle doucement, espérant obtenir une réponse.

« Et pourquoi ne le serais-je pas ? » lui rétorqua l'inconnue d'un ton mielleux sans même daigner ouvrir les yeux.

« Les hommes qui stationnent ici ne sont pas connus pour être tendres.. »

« Et ça vous effraie ? » ricana la demoiselle en ouvrant finalement ses paupières pour observer la Thalassienne de ses iris cuivrés.

« Un peu.. »

La jeune femme s'approcha lentement de sa grille en dansant des hanches, passant ses bras au travers des barreaux pour s'appuyer sur le fer d'un air nonchalant et las.

« Que trouve-t-on derrière la cascade ? » l'interrogea-t-elle de son timbre de voix doux et enivrant.

Impossible ! Seules ses plus proches relations connaissaient cette question et la réponse adaptée. Comment cette femme pouvait-elle la connaître ? Qui était-elle et pourquoi se retrouvait-elle au même endroit qu'elle, dans les mêmes cachots ? Tant de questions qui formaient dans l'esprit de la Thalassienne un maelström d'interrogations et de méfiance craintive. Elle porta son attention sur la tenue de son interlocutrice pour tenter d'y déceler un indice sur son identité ou si elle pouvait l'avoir déjà vue par le passé, sans succès. La jeune femme lui restait totalement inconnue.

« Je ne saurais le dire.. » répondit-elle finalement d'une voix méfiante, plissant les yeux en observant la femme.

« À la bonne heure. Gardes ! Gardes ! »

Alors que la femme se mettait à hurler dans les cachots, faisant remuer la blonde et le penseur dans les autres cellules, l'elfe recula dans l'ombre de la sienne, prise de panique. Que faisait-elle ? Elle allait rameuter toute la Garnison ! Avait-elle joué le jeu pour pouvoir obtenir une preuve quelconque et faire exécuter la jeune femme ? Tout était-il prévu depuis son arrivée ?
Tandis que l'inconnue continuait de crier à vau-l'eau pour attirer les surveillants, la Thalassienne restait aux aguets. Puis soudain, deux des soldats firent irruption dans les cachots, leurs semelles cerclées de fer retentissant sur les marches de bois creux qui menaient aux cellules. Celle de l'inconnue s'ouvrit à la volée et le premier des deux hommes-en-armes y pénétra rapidement. Alors que la jeune elfe observait la scène, elle poussa un hoquet de surprise alors que le corps du gardien vola littéralement au travers de la place pour s'écraser sur le mur d'en face et retomber au sol dans un fracas de fer et d'os brisés. Son compagnon jura dans un cri et se précipita sur la forcenée. Malheureusement pour lui, la femme fut la plus vive et après une brève impulsion du talon, elle bondit sur le côté pour lui attraper le crâne et le frapper sur la grille jusqu'à ce que le heaume compresse assez les tempes de l'homme pour lui offrir le repos éternel. Elle exécuta alors un puissant mouvement de bras et le laissa glisser au sol, la nuque brisée.

Ricanant en essuyant le sang qui avait arrosé sa tunique et son visage, la jeune femme s'abaissa pour attraper les clefs de la cellule de la Thalassienne et lui lancer.

« Dépêche-toi de sortir et fichons le camp d'ici. »

L'elfe ne se fit pas prier et se pressa de déverrouiller la serrure de sa cellule pour s'en extirper, enjambant le corps du surveillant mort, dont le cadavre disloqué gisait lamentablement dans la crasse et la poussière. Elle rejoignit la jeune femme qui s'affairait déjà à défaire les attaches de la bouche d'égoûts avant de s'y engouffrer sans plus de cérémonie. S'approchant du trou béant, la Thalassienne hésita avant de s'y engager également, mais hâta sa décision quand derrière elle résonnèrent les bruits de courses des autres hommes-en-armes de la Garnison.
Après un dernier regard pour le hâlo de lumière qui descendait des cellules, elle s'aventura dans la pénombre des égoûts, emboîtant le pas de l'inconnue vers une destination tout aussi mystérieuse..


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