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Voilà maintenant plusieurs mois que les deux compères, Kendra et Argus, s'étaient engagés dans les forces armées de la Cité Blanche. Ils avaient déjà effectués un certain nombre de missions, leurs compétences leur permettant de se hisser rapidement dans les échelons, gagnant galons et récompenses pour leurs actes. Ils avaient réussis à se faire un nom parmi les régiments ; «Les enfants du peuple» comme on les surnommaient de par le fait qu'ils étaient tout deux orphelins, devenaient populaires et ils faisaient tout pour garder cette notoriété intacte. Jusqu'au jour où la mission qu'ils redoutaient tomba.

Les deux jeunes gens furent convoqués à la Caserne, où ils retrouvèrent leurs compagnons d'armes habituels, avec lesquels ils échangèrent rires et poignées de mains fermes, ravis de se retrouver les uns et les autres. Le Capitaine de leur régiment entra alors dans la pièce et d'un geste autoritaire, réclama le silence avant d'exposer rapidement la situation. Le groupe dans lequel se trouvait Kendra et Argus devait se diriger vers les Maleterres, pour ce qui semblait être au premier abord, une mission de routine. Un groupe de soldats de la capitale avait disparu dans les terres infestées, et ils devaient les retrouver et les ramener.
Néanmoins, il termina son discours par une information qui fit froncer les sourcils à Argus.

« [..] Cependant, faites attention. Même si nous savons que ces terres sont infestées par les non-morts, il semblerait -d'après nos rapports, qu'il s'y trouve une autre chose. La dernière fois qu'on a reçu un rapport venant de l'avant-poste que nous avons là-bas, on nous décrivait la présence d'une créature étrange et étonnement puissante, qui semblerait être une création des alchimistes en faction sur place. Des questions ? » demanda-t-il en parcourant le régiment de son regard dur, s'arrêtant sur Argus, qui levait le bras. « Oui ? »

« Je ne veux pas remettre en doute vos capacités à diriger, Capitaine, mais.. » commença le Conteur, grande gueule. « Si nous devons nous préparer à affronter une créature comme celle que vous mentionnez, il nous faudrait peut-être un peu plus d'informations que «étrange et puissante». Je sers la Capitale, mais pas au point de risquer ma vie contre une chose sur laquelle je n'ai aucune infor-.. »

Kendra lança un regard noir envers son ami pour lui signaler son manque de politesse envers son supérieur. Elle lui fit un signe de la tête pour qu'il cesse de parler afin qu'il la laisse prendre la parôle. Le Conteur marmonna dans sa barbe mal-taillée, passant une main leste dans ses mèches sauvages pour les ramener vers l'arrière.

« Pardonnez mon ami, Capitaine, mais il n'a pas tout à fait tort. Ce manque d'information peut nous être fatal, il suffit que l'on manque d'un détail pour mettre fin à notre mission et périr. »

« Je vous donnerais volontiers plus d'informations, Baren, si j'en avais moi-même. Navré de vous décevoir, vous et vôtre ami à la langue trop pendue, mais vous devrez attendre d'être sur place pour avoir plus de détails. D'autres questions ? » déclama le gradé d'une voix forte, fixant Argus d'un œil mauvais. « Bien ! Alors, rompez, le départ se fait à l'aube. »

Tournant les talons, le Capitaine ressortit de la salle, sa cape claquant dans son sillage alors que les compagnons d'armes sortaient un à un, marmonnant l'un l'autre en s'interrogeant sur la nature de la fameuse créature. Comme à l'ordinaire, Argus attendit que tout le monde sorte pour pouvoir observer les expressions de ses comparses ; la plupart gardaient un air inquiet sur le visage, voir apeuré. Cette mission de routine n'allait peut-être pas se passer comme prévu. Il s'engagea vers la sortie de la salle, avant d'être retenu par Kendra qui l'attrapa par le bras.

« Quelle mouche t'a piqué pour parler ainsi à notre Capitaine, ça aurait pu nous tomber dessus. Tu n'avais pas tort mais tu l'as.. rabaissé. »

« Je ne me suis pas engagé pour foncer tête baissée dans une situation dont je ne sais rien, Kendra. Et je ne veux pas qu'il nous arrive quelque-chose, tant à nous qu'à eux. » répliqua le Conteur, désignant leurs compagnons d'armes du menton, ceux-ci discutant au dehors.

« C'est tout à fait normal que tu t'inquiètes, Argus. Mais s'il n'en sait pas plus alors c'est à nous d'en apprendre sur cette créature.. »

« En fonçant tête baissée. C'est n'importe-quoi, on va tous se faire tuer. »

Se dégageant doucement de la prise de la jeune femme, le jeune homme tourne les talons pour retourner au-dehors, ébouriffant ses mèches sous la brise avant de prendre le chemin des dortoirs, pour y préparer le départ. Rassemblant rapidement ses vêtements de rechange, il les lança dans le sac ouvert sur sa couche, avant d'attraper sa cotte de mailles et la placer entre les pans de cuir. Scellant par la suite le fourreau de sa lame d'argent sur les sangles du sac, il boucla la boucle de fer et passa le conteneur en bandoulière avant d'enrouler autour de ses épaules sa cape de soie brodée d'argent. Ses verres de cristal posés sur le bout de son nez, le garçon avait fière allure, et se tourna vers l'entrée du dortoir, dans lequel entrait Kendra.

« On va partir, toi et moi. Allons découvrir à quelle créature avons-nous à faire, si tu ne veux pas mettre les autres en danger. On y va, discrètement ... et on s'en occupe. » déclara la jeune femme, qui observait de ses yeux azurés son ami, posant ses poings sur les hanches d'un air impassible.

« À deux ? Kendra, ne dis pas de bêtises. » lui répondit le Conteur en se posant sur le bord du lit, observant la jeune femme en soupirant. « Tu en as marre de vivre ? »

« Ce n'est pas que j'en ai marre de vivre, Argus, mais il faut savoir se montrer courageux. Et c'est notre devoir de prendre des risques afin de préserver la paix. Mais si tu ne veux pas me suivre, je comprendrai. Dans ce cas, j'irai seule. » dit-elle faisant volte-face.

« Si je ne veux pas te suivre. » ricane le Conteur avant de se redresser. « Tu ne penses pas que je vais te laisser y aller seule ? Si tu dois mourir, je mourrais avec toi, petite femme. »

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Après leur départ, les deux amis avaient chevauchés en direction du Nord en passant par les Paluns, afin d'accéder aux terres de Hautebrande. Ils avaient campés à la tombée de la nuit, profitant de quelques heures de sommeil avant de se remettre en route pour les Maleterres quelques heures avant l'aube. Le voyage se passa sans encombres particulières et en moins de trois jours, ils avaient atteint les frontières des Terres Infestées.
Sur des lieux à la ronde s'étendaient des terres ôcre et âcre, abîmant les voies respiratoires des deux jeunes gens de relents d'odeurs nauséabondes. Le silence régnait à l'entrée du pays, chose dont Argus s'étonna. « Pour une terre occupée par les non-morts, c'est étrangement silencieux. » avait-il confié à son amie, peu rassuré en lui jetant un regard inquiet. La jeune femme hôcha la tête et se décida à prendre la tête pour s'avancer dans l'intérieur des terres, tenant ses rênes d'une main, la seconde prête à se tendre en cas de soucis.

Pendant plusieurs heures, les deux amis traversèrent les plaines infestées par la mort et la peste, aux aguets, se déplaçant à une allure réduite. Les chevaux commençaient à peiner, ne bénéficiant pas des foulards de protections dont s'étaient couverts leurs cavaliers. Ils finirent par trouver une grotte sur le flanc est des montagnes qu'ils longeait, et décidèrent de l'inspecter afin de s'y reposer. Attendant à l'extérieur en gardant les montures, Kendra observa Argus s'enfoncer dans la pénombre de la cavité, sa main gauche refermée sur le manche de son arbalète automatique.
Le Conteur s'avançait à pas prudents, ses prunelles de Saphir observant chaque recoin sombre de l'endroit. Il décida d'allumer une lanterne d'un coup de briquet à silex sur la mèche fichée dans la cire brune, et repris sa route, soupesant son arbalète, prête à enfoncer la gâchette au moindre signalement hostile d'une quelconque forme de vie. Et alors que le garçon s'apprêtait à tourner les talons, un grattement résonna dans le fond de la cavité.

Aussitôt, le Conteur se figea, son regard océan sondant la pénombre alors qu'il tentait d'apercevoir l'origine du bruit, levant lentement la lanterne pour éclairer les parois suintantes d'humidité et de mousse spongieuse. Dans l'un des recoins de la grotte gisait ce qui avait autrefois dû être un Ours bien vivant. Aujourd'hui, l'imposante créature n'avait plus rien de vivant, ses orbites creusées luisantes d'un éclat rougeoyant. Des marques de morsures et griffures diverses parsemaient sa fourrure salie, et un grondement sourd s'échappait de sa gorge alors qu'il fixait l'homme qui s'était invité dans sa tanière. La bête se leva sur ses postérieurs et dévoilant ses crocs, poussa un rugissement furieux, fixant le Barde. Celui-ci leva alors son arbalète et enfonça la gâchette de son index. Trois carreaux d'argent fusèrent vers le thorax de la bête, s'y fichant dans des bruits mats, sans que cela ne semble lui faire grands dégâts.
Au contraire, la fureur de la créature s'était enflammée, et elle se laissa retomber sur ses pattes avant pour charger le Conteur, qui prit ses jambes à son cou en direction de la sortie, espérant semer la créature. Il n'eut que le temps d'entendre son nom hurlé avant que l'Ours fauche ses jambes d'un puissant coup de pattes, le plafond remplaçant le sol sous les yeux du Barde, qui percuta durement la pierre froide en lâchant sa lanterne, son arbalète, et un grondement de douleur. Il recula sur les fesses, tentant d'échapper à l'Ours qui s'avançait lentement, grondant avec force, ses crocs révélés sous la lumière vacillante de la bougie laissé au sol. Elle leva l'une de ses pattes avant et faucha l'air en direction du visage du jeune homme, qui ferma les yeux en couinant. Mais il ne reçut pas le coup de la créature, sa joue chauffant brusquement.
La bête venait d'être projetée vers le fond de la grotte sous la lance enflammée que Kendra avait matérialisé avant de l'envoyer vers la bête, alertée par le rugissement de l'Ours. Elle se précipita alors vers son ami et le releva en le portant par les aisselles, vérifiant qu'il n'avait rien d'un coup d’œil avant de faire volte-face vers la bête qui revenait à la charge. La jeune femme ouvrit les lèvres, ses flammes bleues venant s'y amasser, et lorsque la bête fut à portée, elle frappa son ventre pour envoyer un souffle flamboyant vers la créature, qui rugit en reculant, sa fourrure s'enflammant. Argus en profita pour fuser vers son arbalète tombée au sol, et la leva en direction de l'Ours pour presser la gâchette. Une nouvelle salve de carreaux d'argent fusa en direction de l'animal brûlant, s'enfonçant dans ses côtes et ses antérieurs pour la faire chuter au sol. Le Barde pressa une nouvelle fois la gâchette d'acier, et la salve de carreaux jaillissant se ficha dans le crâne de la bête dans un craquement sourd, mettant fin à sa non-vie et la laissant se consumer lentement.

Kendra se jeta sur Argus, qui la récupéra en la serrant contre lui, observant la bête morte, soufflant doucement, son bras armé retombant le long de son flanc. Il murmura rapidement et tourna les talons vers la sortie de la grotte, son amie accrochée à son bras gauche. Ils remontèrent en selle et sans un regard plus en arrière, reprirent leur route vers l'intérieur des terres, alors qu'au loin résonnaient des cors.

« Ça va être le moment de prouver que nôtre renommée n'est pas fondée sur des mensonges.. » marmonna Argus en regardant au loin, fronçant les sourcils en remontant son foulard azuré sur le bas de son visage, protégeant ses voies respiratoires de la peste volatile et des odeurs immondes de l'endroit.

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Cela faisait à peine une heure que les deux compères s'étaient remis en route que les cors résonnaient de nouveau. Lâchant un grondement, le Barde frappa les flancs de sa monture d'un coup de talon sec, forçant la jument déjà épuisée à accélérer la cadence. Il héla Kendra afin qu'elle le suive et tout deux se dirigèrent vers une église en ruines, qui trônait sur une colline à quelques lieux de là. Ils y arrivèrent en moins de quinze minutes, et entraînèrent les bêtes à l'intérieur, profitant d'un pan de mur effondré pour masquer les deux juments en leur offrant de l'avoine et de l'eau, afin de les récompenser pour leurs efforts, avant de se réfugier eux-mêmes derrière un angle de bâtisse encore debout, par laquelle perlait la lumière du crépuscule grâce aux quelques pierres manquantes.
Les cors résonnèrent encore une fois, plus proches, accompagnés d'un faible grondement. Malgré son ouïe particulière, le Barde ne parvint pas à deviner l'origine du bruit, ni la distance à laquelle il se trouvait. Il jeta un regard à son amie, réfugiée près de lui en s'accrochant à son bras, la jeune femme lui rendant un regard inquiet. Argus sourit pour la rassurer, hôchant la tête avant de glisser doucement contre le mur. Ils décidèrent que la meilleure solution était encore de rester dissimulés dans les ruines, estimant que la nuit qui tombait suffirait à les faire passer inaperçus jusqu'au lever du soleil.

Deux heures venaient de passer et les deux jeunes gens s'étaient assoupis. D'un réflexe protecteur, Argus avait entouré les épaules de Kendra dès que celle-ci s'était laissée aller au sommeil pour la protéger un tant-soit-peu du froid de la nuit tombée, lui se contentant de somnoler par intermittences, écoutant régulièrement le grondement, qui se rapprochait lentement et n'indiquait sûrement rien de bon. Encore une demie heure de plus, et le grondement se fit soudain plus sourd, comme si quelque-chose de grand et de pesant s'approchait. Le Barde réveilla son amie en la secouant doucement, lui indiquant de rester silencieuse d'un geste de main avant de se redresser. Une demie heure encore, et les gravillons qui trônaient au pied des ruines commençaient à trembler, le grondement beaucoup plus sourd. Soudain, un groupe de non-morts jaillis dans les ruines, accompagnés d'une massive créature ! Une tête de lion aux cornes de démon, un corps massif terminé par deux jambes à sabots et une queue de félin, ainsi qu'une paire de bras humanoïdes, surplombé par une paire de pinces énormes. Elle rugit, explosant les pans de mur d'une charge brève, espérant écraser les deux compères dissimulés derrière. Poussant des rugissement furieux et autres sifflements de frustration, le Capitaine du groupe de non-mort hurla un ordre et s'élança vers les montagnes qui longeait la vallée.
Sous les gravats, les chevaux avaient disparus depuis un moment, et leurs cavaliers avec.

Ils couraient depuis un moment, maintenant. Les deux juments, épuisées, avaient finies par chuter, obligeant leurs cavaliers à se servir de leurs jambes pour espérer échapper aux non-morts qui derrière eux. Le souffle commençait à leur manquer à tout deux, et les ennemis à leurs trousses se rapprochaient un peu plus chaque seconde, le grondement de la terrible bête résonnant entre les branches cassées des arbres morts entre lesquels ils slalomaient. Ce fut au détour d'un virage que l'incident se produisit.
La belle Kendra, essoufflée par sa course, ne vit pas la racine qui s'étendait devant elle et se prit le pied dedans avant de chuter et s'étaler de tout son long, le sol couvert de champignons relâchant une fumée âcre et verdâtre. Remarquant son amie au sol, Argus fit aussitôt demi-tour pour retourner la chercher et au risque d'être lui-même contaminé, il enroula son foulard autour du bas du visage de son amie pour l'empêcher de respirer les vapeurs, avant de la prendre dans ses bras et reprendre sa course effrénée en direction d'une possible échappatoire. Les non-morts désormais sur leurs talons, il n'avait plus droit à l'erreur. Il courut encore quelques dizaines de mètre et s'arrêta brusquement, le bruit de ses bottes râclant les gravillons couvrant le juron qui s'échappa des lèvres du Barde. Un cul-de-sac.

Le garçon se retourna, déposant son amie pour se placer devant elle, sa main droite glissant vers sa ceinture pour se déposer non loin du manche de son arbalète automatique. Il ferma les yeux et s'évertua à reprendre un souffle correct, calmant l'adrénaline de la course-poursuite. Quand il releva les paupières pour fixer, son regard avait changé, désormais empli d'un calme terrifiant. Le premier non-mort jaillit du virage, sa main osseuse ripant contre l'écorce de l'arbre mort alors qu'il contrôlait son mouvement. Il leva son bras armé en agitant sa lame, hurlant, avant de s'écrouler en arrière, la tête roulant au sol, la colonne brisée au travers de ses mâchoires d'un carreau d'argent. Une seconde créature surgit derrière la première pour s'élancer vers le Conteur. Plaçant son pavois en avant pour éviter de prendre un carreau d'arbalète, elle parvint à se protéger du trait mortel et écarta son pavois pour frapper Argus, avant d'être accueillie d'un formidable crochet qui lui décolla les mâchoires et l'expédia contre un mur pour y répandre sa cervelle. Deux non-mort de plus déboulèrent et décidèrent de prendre le Barde des deux côtés pour l'empêcher d'utiliser son arme. Le premier s'écroula pour glisser sur quelques mètres, la tempe transpercée, laissant au second le temps d'être assez prêt pour asséner à l'homme un coup de fauchon, qui trancha le cuir et la maille pour taillader sa peau et lui arracher un cri de douleur. La créature morte leva son bras, prête à asséner un autre coup de sa lame, avant de pousser un rugissement et tituber en arrière, les restes de sa peau s'embrasant d'un éclat bleuté.
Kendra avait repris ses esprits et ses doigts étaient encore léchés de flammes de saphir, ses bras tendus en direction du guerrier ranimé. Argus acheva le dernier non-mort d'un carreau entre les orbites, le recevant alors qu'il sortait tout juste du tournant pour aller finir sa course dans la paroi rocheuse, définitivement mort. Le Conteur laissa retomber son bras, soufflant doucement alors que son amie se rapprochait de lui, prête avec lui à recevoir un quelconque autre ennemi.

« Il en manque une.. Où est passée cette bestiole monstrueuse ?.. » s'interrogea-t-il en guettant les alentours du regard.

« Tu penses que c'est ce dont parlait le Capitaine, Argus ? » reprit la jeune femme, tremblante sous les effets des vapeurs qu'elle avait inhalée plus tôt.

« Je crois qu'on va vite le savoir.. »

À peine le Conteur terminait-il sa phrase que ladite créature surgit dans le cul-de-sac, la bave aux lèvres, ses pas sourds faisant trembler les champignons qui couvraient la rocaille du sol.

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La créature avança d'un pas puis tendit ses bras vers l'arrière, son crâne s'élançant en avant pour pousser un long et puissant rugissement de fureur, plus préoccupée par le duo que par ses "camarades" décimés. Elle frappa le sol de son sabot droit puis se plia vers l'avant pour charger tête baissée. Et avant même que le Conteur ne puisse amorcer une quelconque esquive, il était percuté de plein fouet et projeté plusieurs mètres en arrière pour rebondir sur la paroi rocheuse et retomber à quatre pattes sur le sol, pris d'une convulsion. Crachant un filet sanglant sur le sol, il fixa la rocaille, sonné en tentant tant bien que mal de se redresser. Kendra, elle, ne perdit pas une seconde. Écartant les bras sur les côtés, elle provoqua la créature d'une injure avant de palabrer quelques instants, couvrant ses bras de flammèches bleues, les rassemblant rapidement dans le creux de ses mains. Elle exécuta alors une vrille sur elle-même, ses talons griffant la rocaille pour abattre ses mains rejointes en direction de la bête, qui s'affaissa sous le marteau enflammé qui s'écrasa sur le haut de son crâne, envoyant aux alentours une série de gerbes bleutées. La jeune Baren ne perdit pas une seconde, une lance enflammée venant fuser vers le thorax de la créature, celle-ci basculant en arrière pour s'écrouler sur le dos, sans plus bouger.
Kendra se tourna aussitôt vers son ami, qu'elle vint relever avant de plaquer ses mains sur ses joues, l'observant avec une inquiétude effroyable.

« Argus ! Argus, est-ce que tout va bien ?! » dit-elle de sa voix tremblante.

Le Conteur ne répondit pas, trop occupé à regarder derrière la jeune femme, qui se retourna à son tour avant d'être poussée violemment sur le côté par le Barde, qui croisa les bras devant lui. La bête s'était relevé, et l'une de ses pinces fusait vers Argus, qui relâcha un grondement lorsque les pinces se refermèrent sur sa taille, entaillant sévèrement sa chair. Hurlant de douleur et de colère, il tira les deux dagues ceintes sous ses aisselles, martelant la surface dure du bras inhumain de la bête jusqu'à faire craquer la coquille de la pince en y enfonçant les deux lames. La monstruosité relâcha le Conteur en poussant un mugissement, reculant en ramenant sa pince derrière elle. Argus roula sur le sol en se réceptionnant, rampant aussitôt vers son arbalète. Il tendit le bras vers la bête et pressa la gâchette à fond, les carreaux d'argent fusant pour aller ricocher inutilement contre la carapace de l'abdomen de la créature. Il cracha une injure et envoyant siffler une nouvelle salve de carreaux d'argent, qui ne trouvèrent pas leur cible, la bête se protégeant de sa pince valide.
Kendra profita alors de l'occasion pour se redresser, sa main droite se levant vers les cieux. Elle relâcha une sphère flamboyante d'un bleu éclatant en direction de la créature, enchaînant avec une seconde, partie de la main gauche. Puis encore une autre, et encore, et encore.. La belliqueuse jeune femme fusillait la créature de ses sphères, aussi enflammées et intenses que son regard, qui s'était transformé en un brasier de rage. Elle envoyait sa colère sur la créature, hurlant à pleins poumons en direction de la bête, qui reculait sous les assauts de la jeune femme, se protégeant d'une pince devant la gueule.

Bientôt, la belle tomba sur les rotules, épuisée par l'utilisation abusive de magie qu'elle venait de faire. Elle se retint au sol de ses bras tendus, refoulant un coup de nausée en toussant. La bête compris rapidement qu'elle avait désormais le champ libre et balaya l'air de sa pince, mugissant en direction des deux compères, prête à charger une dernière fois pour mettre fin à leurs souffrances.

« POUR HURLEVENT ! POUR LA LUMIÈRE ! QUE LE LION D'OR RUGISSE ! »

Ce qu'Argus prit d'abord pour le régiment de renfort fut un détachement de soldats de la Cité Blanche, qui surgit au tournant qui menait au cul-de-sac, lames pointées vers la bête, pavois placés en avant, hurlant à l'unisson leur rage de vaincre la monstruosité. Leurs armures étaient cabossées, leurs tabards déchirés, et ils couraient à leur perte. La monstruosité tourna son attention sur les nouveaux arrivants, rugissant à nouveau, avant de les charger eux. Les coups pleuvaient sur la créature qui balayait autour d'elle de sa queue et de sa pince, ses bras tentant d'attraper les soldats qui faisaient preuves d'une excellente habilité et parvenaient toujours à échapper aux doigts monstrueux, répliquant d'un coup de lame bien placé. Tant et si bien que l'un des guerriers parvint percer la défense de la créature pour lui asséner un coup sévère à l'épaule, qui sectionna le bras agité en le laissant s'écraser au sol. Le bougre leva sa lame en signe de victoire avant d'être brusquement expulsé vers l'arrière par la queue de la bête, qui l'enverra se briser la nuque sur le mur, sa lame glissant sur le sol.
Venue à bout des quelques hommes en les envoyant valser, les sonnant et en tuant deux, la monstruosité revient sur les deux amis, chargent vers Kendra. Sans réfléchir, Argus s'abaissa pour attraper la lame du défunt soldat et frappa le sol de ses talons, fonçant vers son amie. Il se plaça devant elle, lame en avant pour faire bouclier de son corps. Et avant que Kendra ne puisse l'en empêcher, il était prêt à mourir pour elle, le regard brûlant de colère. La créature fut bientôt sur lui et rugissant, elle se jeta sur le garçon, s'écroulant sur lui. Dans la chute, elle entraîna Kendra et Argus, la jeune femme roulant rapidement sur le côté pour se relever. Elle fixa la créature, prête à la faire brûler d'un trait bleuté, avant de se rendre compte qu'elle ne bougeait plus. Le bout de la lame d'acier ressortait dans son dos, le Conteur coincé sous le ranimé.
La belle entreprit de repousser la créature pour libérer son ami, aidé par les quelques survivants de la boucherie, et rapidement, Argus fut tiré sur le côté. Il sourit, son propre sang imbibant sa tunique et le bas de son visage, tâchant sa peau hâlée d'un voile vermillon. Son bras armé retomba doucement sur le côté, libérant la lame alors qu'il observait la jeune femme. Kendra, le regard horrifié, gardait son attention sur l'abdomen de son ami, transpercé par la queue de la bête, le sang s'épandant rapidement sur le sol couvert de champignons.

Le Barde toussa en gémissant de douleur, grimaçant, tentant tant bien que mal d'articuler trois mots.

« Tais-toi ! Ne parle pas, Argus ! On va te sortir de là ! » lui dit-elle, avant de rugir en direction des survivants. « Un médecin ! J'ai besoin d'un médecin, vite ! »

« Kendra.. » gémit le Conteur, déposant sa main sur la sienne pour la serrer. « C'est inutile.. C'est fini.. »

« Non ! C'est faux, je t'interdis de t'en aller, tu m'entends ?! Je t'interdis de me laisser ! » lui hurla-t-elle, les joues baignées de larmes alors qu'elle serrait la main de son ami de toutes ses forces.

« Au moins.. » commença le jeune homme avant d'être coupé dans sa phrase par la douleur, l'un des survivants s'occupant comme il pouvait de contenir le sang du Conteur. Il reprit. « J'aurais eu.. Ma réponse.. »

« Quelle réponse, Argus ?.. » sanglotta Kendra, terrifiée à l'idée de perdre son ami d'enfance, collant la main de celui-ci contre son front.

« J'aurais su.. Ce qu'on.. Allait affronter.. » ricana-t-il avant de grimacer de douleur.

« Tais-toi.. Tais-toi, Argus.. Tais-toi.. Reste avec moi, je t'en supplie.. »

La jeune femme, éreintée et terrifiée, plongea son regard dans celui brûmeux de son ami. Celui-ci lui sourit, levant faiblement sa main gauche pour caresser la joue de son amie d'un revers de doigts.

« Tu es magnifique.. Kendra.. Tu es.. Magni-fique.. »

La tête du Conteur s'affaissa sur le côté alors qu'il fermait les yeux. Était-il inconscient ? Mort ? La jeune Kendra cligna des yeux sans comprendre avant de secouer l'épaule de son ami. « Argus ?.. Argus ! ARGUS ! » s'écria-t-elle alors qu'elle ne le voyait pas réagir.
Elle fondit en larmes, se laissant tomber sur le corps de son ami, alors qu'au loin résonnait les bruits d'une chevauchée furieuse, les cavaliers de Hurlevent jaillissant du tournant pour arriver sur les lieux du carnage. Le Capitaine, en tête, posa son regard sur la jeune femme avachie sur Argus, avant de marmonner une prière à l'intention du Conteur.

La bête était vaincue, et les capturés récupérés. Et Argus l'avait payé cher.

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Plusieurs semaines avaient déjà passées. Le Capitaine avait fait rapatrier les soldats de la Cité Blanche, ainsi que Kendra et Argus, qui avait été aussitôt mené à la Cathédrale, dans un état de faiblesse extrême. Le teint cadavérique, la respiration chaotique, il n'avait pu survivre que grâce aux soins primaires administrés tout le long du trajet par l'un des soldats récupéré, ancien infirmier. Les Prêtres de la Cité avaient passés deux jours et deux nuits à s'occuper de lui, déversant les soins à tour de rôle, se relayant pour éviter de trop se fatiguer. Et au bout de ce temps, le Conteur avait repris des couleurs, bien qu'il restât dans un sommeil profond. Il fut alors transporté dans la maison qu'il occupait autrefois avec Doutzen, et Kendra veilla sur lui.
Ce ne fut qu'au bout d'une autre semaine que le Conteur finit par se réveiller. Il se redressa à la hâte, son esprit arrêté au moment du champ de bataille, puis regarda autour de lui en clignant des yeux, l'air hagard. La réalité le rattrapa bientôt et il dégagea fébrilement les couvertures pour observer son abdomen, qui ne portait plus de trou béant, mais une cicatrice claire. Kendra entra alors dans la chambre, portant son plateau de bois sur lequel elle avait disposé son repas, comme chaque jour depuis que son ami était tombé inconscient. En le voyant levé, elle couvrit ses lèvres de ses mains, le contenu du repas préparé tapissant le sol alors que le plateau le percutait durement. Les yeux de la jeune femme s'humidifièrent, et elle se jeta sur son ami pour le serrer contre elle, sanglotante.

« Imbécile.. Tu m'as fait peur, j'ai crue que tu ne réveillerais jamais.. » lui dit-elle enfin, se redressant pour le laisser respirer, essuyant ses joues de ses mains.

« Il en faut plus que ça pour venir à bout du Barde, jeune femme.. » ricana le garçon en se laissant retomber sur les coussins. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je n'arrive plus à me souvenir.. »

« Tu t'es jeté devant moi.. La bête t'as empalé, tu avais.. Un trou énorme dans le ventre, Argus.. Je t'ai cru mort, quand tu as fermé les yeux ! » s'écrie la jeune femme en soufflant longuement, retenant un nouveau flot de tristesse suite aux souvenirs de la scène. « Puis, tu as été ramené aux Prêtres. Ils t'ont soigné pendant deux Lunes, et tu as été mené ici.. Je commençais à désespérer de ton réveil.. »

« Mais je suis réveillé, alors n'y pense plus.. » reprit le Conteur.

Les deux jeunes gens se sourirent, puis la belle Kendra s'allongea près de son ami, fermant les yeux pour se livrer au sommeil, dont elle n'avait que peu profité avec la veille qu'elle effectuait. Le Conteur l'observa un moment puis leva les yeux aux plafonds, relâchant un soupir lourd de lassitude.

« On ne peut plus vivre comme ça. » marmonna-t-il, avant de lui-même retomber endormi.


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