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The warp room by raphael lacoste.jpg
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Conformément aux ordres du colosse, la jeune Thalassienne avait été installée dans une tente à part, un peu à l'écart des campements déjà disposés à l'orée du bois. Elle avait reçue la visite d'un guérisseur pour la remettre d'aplomb, et disposait de vêtements propres, ainsi que de nourriture en abondance. Étrangement, le béhémoth qui l'avait accueillie veillait à ce qu'elle ne manque de rien.
Elle passa deux jours sans qu'on ne la dérange, et au matin de la troisième Lune, le colosse vint la voir, soulevant les peaux de la tente pour entrer. Étalée lascivement sur le lit sommaire dont elle disposait, l'Elfe n'avait plus sur le dos que son haut de dentelle carmin, et une jupe de lin riche, ouverte sur la cuisse gauche en laissant apparaître la bordure de son séant. Sa jambe droite était repliée légèrement, et à la brise qui pénétra la tente lors de l'arrivée de l'homme, la jeune femme frissonna en se tournant dans son lit. Le colosse s'approcha du lit et attrapa les draps, qu'il remonta sur la jeune femme pour lui éviter de subir l'assaut de la fraîcheur matinale. Il s'installa ensuite sur un tabouret et attendit qu'elle se réveille, consultant quelques notes.

Lorsque la Thalassienne ouvrit les yeux, elle étouffa un cri en apercevant la silhouette et se recroquevilla entre les draps, ses mèches auburn en bataille lui prêtant un air de sauvageonne.

« N'aie pas peur. Je ne suis pas là pour te faire du mal. » lui dit-il d'une voix plus ou moins tendre. « Tu as le sommeil lourd. Voilà une heure que je suis arrivé. »

« Je n'ai pas l'habitude de rencontrer des inconnus en pleine nuit.. » répondit la femme en étouffant un bâillement. Elle se redressa et couvrit son buste des draps, ramenant ses mèches sauvages derrière ses oreilles.

« On ne sait jamais ce qui peut arriver. Tu as bien dormi ? Je vois que ta blessure commence à cicatriser. »

« Je suppose qu'il était temps, après trois semaines.. Je peux vous aider ?.. »

« Tu pourrais. En vérité, je suis venu te demander quelque-chose. Si tu acceptes, alors tu recevras ce qu'il faut pour nous suivre. Si tu refuses, et bien.. Tu seras libre de t'en aller. M'écouteras-tu ? »

La jeune femme opina d'un mouvement bref de menton, se déplaçant jusqu'au bord du lit. Elle se redressa, ses petons se rétractant sur le froid du sol alors qu'elle attrapait un lien de cuir pour lier ses cheveux flamboyants en une queue haute.

« Bien. Je suis Ikit Khalad. » -la Thalassienne frissonna à ce nom- « Je vois que tu as entendu parler de moi. Tant mieux, ça m'évitera de m'attarder sur une description. Je suis un ami de ta mère, Scyther. Et je t'ai fait venir ici, -désolé pour l'attitude de Rallan, il est belliqueux, mais efficace-, parce que j'ai besoin de toi. » dit-il d'un ton avenant, marquant une légère pause. « Sur l'autre contient, il y a un pays qui se nomme «Uldum», je suppose que tu en as entendu parler ? Il y a là-bas une salle, selon les légendes, qui m'intéresse fortement. Enfouie sous les dunes mouvantes, un esprit a été enfermé il y a quelques années, l'esprit d'un Sorcier qui a vécu dans ces régions désertiques. Et j'ai besoin de lui pour un projet.. Personnel. »

« Et pourquoi avez-vous besoin de moi ? » s'interrogea la jeune femme, qui écoutait le récit de l'homme avec attention.

« J'y viens. Le soucis étant qu'avant d'arriver à cette salle, nous devons passer par des galeries, et d'autres salles plus petites, qui sont probablement occupées par des serviteurs dudit Sorcier. » l'informa le colosse en lui tendant ses notes, où étaient griffonnés les plans des salles et des galeries. « Et Mirena, -que les Ombres la bénissent de me servir depuis tout ce temps-, n'a pas ce qu'il faut pour ce que je prévois. Il me faut quelqu'un d'assez agile pour pouvoir se faufiler sans être vu, de discret et qui sache être réceptif aux arts de l'Arcane. Ce que tu es ? » la Thalassienne acquiesça. « C'est pour cette raison que j'ai besoin de toi. Tu seras grassement payée pour tes services, dans le cas où tu acceptes de m'aider. »

La jeune femme replia ses jambes pour s'installer en Lotus, massant ses mollets encore engourdis du bout des doigts. Elle sembla réfléchir, son regard brûmeux d'émeraude plongé dans celui aux reflets améthyste du colosse. Puis, elle finit par hôcher la tête.

« Je vous aiderais. Non pour l'argent, mais parce que vous êtes un ami de Mère. Et pour cela, j'accepte. »

« Bien. » répondit le colosse en souriant. « Je te ferais apporter une nouvelle tenue, et des armes. Tu récupéreras également ta dague. »

L'homme se redressa et s'apprêtait à tourner les talons quand l'Elfe l'interpella.

« Que va-t-il advenir de l'homme enchaîné ? Pourquoi est-il ainsi ? »

« Parce qu'il a fait l'erreur de servir la mauvaise personne. Il est la clef qui nous permettra d'accéder au Sorcier. »

Puis, il sortit de la tente, laissant la Thalassienne frissonnait sous le courant d'air qui s'engouffra par le mouvement de peau. Elle frotta longuement son visage avant de se redresser, les draps de lins glissant jusque ses pieds alors qu'elle observait dans le vague. Elle se décida finalement à ôter ce qui lui restait de vêtements, et s'infiltra dans l'eau glacée du bac à bain, soufflant doucement.

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Il fallu encore quelques jours afin que les derniers préparatifs soient effectués et que tout soit prêt pour le départ. La Thalassienne avait récupéré une tenue de cuir riche et souple, renforcé de fines plaques d'acier sur les parties vitales, et brodé d'arabesques faites avec un fil d'or. Sa dague avait également retrouvé sa place dans le bas-dos de la jeune femme et un couvre-œil avait été donné afin qu'elle puisse protéger son orbite gauche. Maintenant en possession de ses effets, et entourée de personnes qui ne lui voulaient pas de mal, l'Elfe reprenait lentement confiance en elle, et son regard trahissait le retour de son air hautain, arrogant et un poil dément.

Elle embarqua bientôt sur le navire de Khalad, suivie de près par celle qui semblait être sa disciple. Elle ne savait rien d'elle hormis son prénom, qu'elle avait entendue dans une conversation entre les deux personnages, deux jours plus tôt ; et à vrai dire, elle se fichait de savoir à qui elle avait affaire. Sitôt ses affaires terminées, elle quitterait le groupe de mercenaires et retournerait faire sa vie de son côté, loin de tout ces gens qu'elle ne connaissait pas.
Il fallu plus de trois semaines de navigation pour atteindre les rives ensablées des terres d'Uldum, le colosse ordonnant de faire un détour pour éviter d'être pris dans les eaux des îles qu'on apercevait parfois derrière la brûme, et qu'on disait peuplée de gobelins. L'horizon était désormais obstrué par une longue ligne ondulante aux tons ôcres, qui renvoyait la lumière de l'Astre solaire en chauds rayons, obligeant rapidement l'équipage au complet à ôter une couche d'armure pour éviter de cuire sur place. Les eaux étaient turquoises, aux reflets miroitants et mirifiques, et la Thalassienne se surpris plus d'une fois à les contempler sans voir le temps passé.

Ils avaient jeté l'ancre à quelques lieux des rives et étaient débarqués sur la terre ferme avant le coucher du soleil du quatorzième jour, et l'ambiance chaude et hostile mettait déjà les nerfs des mercenaires à l'épreuve. La nuit, on entendait résonner des cris étranges et des gargouillis rauques, qui empêchaient les guerriers de dormir tranquillement. Le danger et la nervosité les guettait dans l'ombre, et ils n'aimaient pas ça.
Pendant plusieurs jours, le colosse resta enfermé dans une tente qu'il avait fait monter à l'écart, avec Mirena, et il n'en sortit qu'une seule et unique fois, pour régler une altercation entre deux de ses hommes. Le conflit se termina par la mutilation de l'un des hommes de la main du béhémoth, avant que ce dernier ne retourne dans sa tente.

Le troisième jour, la Thalassienne décida d'aller faire un tour aux environs, bravant les avertissements de ses "camarades", qui la prévenait que les bêtes pouvaient rôder et qu'elle ferait bien de ne pas trop s'éloigner, surtout seule. Faisant fi des propos lancés, elle scella sa dague dans son dos et enroula un foulard autour de son crâne, enfermant sa chevelure auburn et son visage dans un enchevêtrement de tissu carmin pour se protéger des sables. Puis, d'un pas décidé, elle s'élança en direction du Nord et ce qu'elle voyait au loin, qu'elle supposait être une cité.
La distance qui la séparait des murs de la cité désertique était bien plus grande qu'elle ne l'avait imaginée, et assoiffée, elle fit une halte sous l'ombre des arbres d'une ridicule oasis, pour remplir sa gourde de cuir et passer un coup d'eau sur le visage. Et comme elle se penchait pour plonger sa main sous la surface fraîche, son oreille frémit sous le coup d'un craquement sec. La jeune femme se figea, tous sens aux aguets, et attendit patiemment. Un sifflement étouffé parvint à ses oreilles et elle sentit l'air se trancher sous une lame d'acier. D'un geste brusque et puissant, elle se jeta sur le côté, juste à temps pour voir la lame s'écraser sur le sable, la garde ornée d'un insigne clair ; un œil barré d'une lame, significatif de l'appartenance de son propriétaire à la tristement célèbre Malronce, dont Khalad était le régent. Elle se leva d'un bond, sa longue dague traversant la courte distance pour se ficher dans le torse d'un homme masqué, qui tira une tête de six pieds de long lorsqu'il sentit l'argent s'enfoncer entre ses côtes. Son acolyte gronda, tirant sa lame en optant pour une garde offensive, lame pointée vers l'avant.
Sifflant entre ses dents, l'Elfe frappa le sol de ses talons. Elle passa en quatrième vitesse près du cadavre, retirant sa lame dans un long jet de sang poisseux, et avant que le second mercenaire puisse réaliser qu'il venait de se faire avoir, la dague de la demoiselle traversait son crâne d'une tempe à l'autre. Un filet sanguin s'échappa d'entre ses lèvres, suivi d'un dernier souffle avant qu'il ne souille le sable du liquide carmin. La Thalassienne observa rapidement au loin, en direction des campements de l'ordre, avant de remonter son foulard.

Lorsqu'elle passa entre les tentes, les hommes de Khalad s'écartèrent sur son passage. D'un air furibond, elle se dirigea vers la tente de celui-ci, dans laquelle elle pénétra à la volée. Ikit et Mirena levèrent tous deux leur regard sur les peaux qui venaient de se soulever, et le béhémoth fronça les sourcils. L'Elfe lâcha sur la table les deux crânes qu'elle avaient volé aux épaules de assassins, et d'un geste complexe et habile, fit tourner sa dague encore ensanglantée pour la ficher de moitié dans le bois sec, déchirant les cartes et autres parchemins présents devant le colosse.

« Tu veux bien m'expliquer ? » l'interrogea-t-il, sans la quitter du regard.

Pour toutes réponses, la Thalassienne ouvrit les bouches des crânes, révélant les gardes brisées et marquées de l'insigne de la Malronce, les deux armes enfoncées jusque la gorge des deux assassins. Elle redressa ensuite son attention démente sur le béhémoth, sans prononcer le moindre mot.

« Mirena, tu veux bien t'en occuper ? Avant la nuit, s'il-te-plaît. » déclama le colosse en regardant son acolyte, qui s'éloigna après avoir brièvement opiné du chef. « Quant à toi, Elëatriel, reçoit mes excuses. Je savais que j'avais des traîtres dans mes rangs, mais je n'avais aucune preuve. Mirena va s'en occuper, et leurs têtes marqueront l'entrée du désert dès la nuit tombée. Tu peux retourner dans ta tente. »

L'Elfe arracha sa dague du bois et tourna les talons dans un grognement de satisfaction, rangeant l'arme dans son étui brodé. Lorsqu'elle rabattit les peaux après son passage, elle n'eut que le temps d'entendre l'avertissement du béhémoth.

« Et évite d'en sortir, cette fois. »

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Après une nuit courte et peu reposante, la jeune Thalassienne fut réveillée en sursaut par un cri venant du dehors. Elle passa rapidement une chemise par-dessus ses épaules et son pantalon de cuir, sortant en trombe, pieds nus et sa dague à la main. En avisant les alentours, elle agita faiblement ses esgourdes pour guetter le moindre bruit suspect, dans le but de déceler l'origine du cri. Un craquement résonna sur sa droite, et elle s'y précipita, pliée en deux pour éviter d'être vue trop vite. Elle passa derrière deux tentes sans rien trouver avant de se figer derrière une troisième. Quelques mètres en avant, à la limite du cercle de lumière d'une torche plantée dans le sable, Mirena était aux prises avec l'un des hommes de Khalad. La jeune femme avait la lèvre fendue, le visage taché de sang et sa tunique déchirée laissait apparaître une longue estafilade partant de l'épaule droite. L'homme en face d'elle agitait sa dague avec férocité, la haine transpirant de son regard alors qu'il tentait visiblement d'occire la jeune femme.
Sans réfléchir, la Thalassienne pivota sur ses talons pour contourner la tente derrière laquelle elle se dissimulait et ainsi arriver dans le dos de l'agresseur. Profitant de l'agitation de celui-ci, de la nuit et de sa discrétion naturelle, elle s'en approcha vivement et d'un mouvement bref, trancha les tendons des genoux du belliciste avant d'enfoncer la dague dans sa nuque, sur toute la longueur. Mirena pu alors s'échapper et tomba sur le séant, reculant alors que le sang surgissait de la jugulaire de l'homme pour aller souiller sa tenue. La Thalassienne retira son arme et laissa le cadavre s'affaisser sur le côté, avisant la jeune femme en retrait, un air furieux sur le visage.

« Je dormais. » dit-elle en venant présenter son bras à la donzelle.

« Navrée, vraiment. » répondit la demoiselle en attrapant le bras pour se relever, passant une main leste sur son visage souillé. « Je n'avais pas vraiment prévue d'être prise pour cible par un de ses hommes. »

« Que s'est-il passé ? » s'interrogea la Thalassienne en essuyant sa dague sur la tunique du cadavre avant de la garder le long de sa jambe droite.

« J'allais rejoindre ma tente. Cet idiot m'a sauté dessus en grognant comme un porc, avant de m'accuser d'avoir trahi ses frères. Je suppose qu'il faisait référence aux traîtres exécutés. Quoi qu'il en soit, si tu n'étais pas arrivée, je crois bien que c'est moi qui serait allongée sur le sable. Pourquoi tu m'as aidé ? » demanda-t-elle en levant son attention sur la Rouquine.

« Vous n'êtes pas comme eux. Et malgré la carapace ridicule et cet air provocateur que vous vous donnez en permanence, vous n'avez rien à voir avec Khalad. Vous valez mieux que ça, et je voulais vous donner une chance de le prouver. »

« Tu m'as rendue redevable.. »

La jeune femme soupira, ramenant ses mèches en arrière avant de secouer la tête et tourner les talons en marmonnant. Elle s'enfonça rapidement dans la nuit et laissa la Thalassienne seule avec le cadavre. Celle-ci observa le corps gisant avant de sourire en coin, visiblement fière de ce qu'elle venait de faire. Puis, elle retourna à sa propre tente.
En y entrant, elle déposa sa dague sur son étui, sous l'oreiller, afin de prévoir toutes éventualités. Puis, elle laissa la chemise glisser de son dos pour aller s'échouer sur le sol. Se penchant, elle ôta son pantalon et de sa démarche légère, s'approcha du bac d'eau. Elle y trempa un morceau de lin qu'elle passa sur son cou, le sang de l'agresseur ayant éclaboussé sa peau de sable. Quelques gouttes s'échappèrent pour aller couler sur son buste, jusque son ventre, provoquant un frisson sous la sensation fraîche. Elle pinça les lèvres en fermant les yeux, restant un instant ainsi avant de passer la pièce de lin sur ses épaules et ses bras. Elle reposa le tissu mouillé puis s'enveloppa d'une serviette, qu'elle noua sous son aisselle droite. Et alors qu'elle allait attraper son miroir, un frottement de tissu la fit se retourner brusquement vers l'entrée, juste à temps pour voir le mouvement imperceptible des pans de chanvre retombant, comme levés une seconde.
Elle réprima une injure et se rapprocha vivement de son lit, sur lequel elle s'installa en posant sa dague en travers de ses genoux, fixant l'entrée.

« Ce n'est pas encore cette nuit que j'aurais une nuit correcte.. »


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