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Après avoir quitté rapidement la Capitale, jouant de vitesse pour éviter les patrouilles et remontant les verres régulièrement sur son nez pour empêcher que ses prunelles verdâtres ne soient aperçues par les Gardes de la Cité, la jeune elfe s'engagea sur le chemin pavé qui menait jusqu'au proche Comté. Elle en foula les tracés pendant une centaine de mètres puis bifurqua sur un petit sentier de terre battue qui se dirigeait vers l'intérieur des forêts de la zone boisée, évitant ainsi une nouvelle patrouille.
Si elle était parvenue à entrer dans la capitale grâce aux chemins qu'elle avait découvert en étant enfant, la couleur de ses iris ne passait plus inaperçue aux yeux des Gardes. Enfant, elle bénéficiait de ce que la Directrice de l'Orphelinat appelait «Immunité enfantine». Étant encore jeune et sous la protection de l'Orphelinat, elle était relativement protégée, et ainsi la Garde ne pouvait rien faire contre elle tant que l'Ordre ne venait pas d'en haut. Mais dès qu'elle fut en âge de quitter l'établissement et de se débrouiller pour vivre par elle-même, sa nature Thalassienne reprit rapidement le dessus et elle évita de nombreuses fois la geôle de justesse.
Aujourd'hui plus que jamais, la jeune femme devait éviter de tomber sur la Garde du royaume Humain. Ce qu'elle avait fait la veille ne tarderait pas à être découvert et on chercherait les coupables. Si une Thalassienne était découverte dans les parages, il serait bien facile de clore l'affaire en lui faisant endosser les accusations qui seraient portées. Aussi, la fluette se hâta vers les profondeurs des forêts, ses oreilles allongées s'agitant au moindre craquement suspect, de peur de se faire surprendre. Les bois d'Elwynn n'étaient pas connus pour leur sécurité, infestés de bestioles répugnantes et de détrousseurs peu scrupuleux qui seraient bien enchantés de tomber sur une elfe aux formes agréables, et qui plus est recherchée possiblement par les soldats de la Capitale.

Elle laissa ses pas la mener jusque la chute à l'Est de la cité. La masse d'eau qui s'écroulait depuis le haut de la falaise provoquait un sempiternel tonnerre assourdissant, offrant son nom au lieu. Les Chutes du Tonnerres. « Un bien piètre nom, pour un bien piètre endroit. » pensait la demoiselle, qui grimaça légèrement en observant aux alentours. Elle s'élança pour trottiner rapidement jusqu'à un petit sentier qui grimpait sur le flanc de la cascade, dont le départ était dissimulé derrière les buissons épineux de la végétation des bois. Elle gravit alors le petit monticule qui terminait l'ascension puis passa la main sur l'écorce du tronc de l'arbre le plus proche du débouché. Ses doigts vagabondèrent quelques secondes, avant d'agripper un petit morceau de fil tressé de chanvre, sur lequel elle tira faiblement.
Une cloche tinta aux alentours, et la jeune femme se figea pour écouter l'ambiance environnante. Un hululement répondit à la clochette et l'elfe s'avança d'un léger pas alors qu'une voix résonnait depuis l'entrée de la bâtisse en ruines qui se dévoilait devant les prunelles brûmeuses de la femme.

« Que trouve-t-on derrière la cascade ? » demanda la voix, rauque et sonore, laissant imaginer un interlocuteur à la carrure puissante et saillante.

« Je ne saurais le dire. » répondit la fluette en s'avançant d'un nouveau pas feutré, guettant le sol du coin de l’œil pour distinguer un piège à loup parmi les herbes hautes qui bordaient le semblant de sentier menant au bâtiment.
Elle laissa ses pointes d'oreilles frémir lors du petit claquement qui lui parvint, et se mit alors à avancer. Elle savait ce que signifiait ce bruit; c'était le verrouillage du piège qui se désamorçait, preuve que sa réponse avait été la bonne et qu'elle pouvait s'avancer sans risque. Elle franchit l'espace qui la séparait du pas de porte d'une foulée silencieuse et véloce, déposant le bout de ses doigts contre le battant de bois de la porte, prête à pousser. Elle attendit quelques secondes en dardant les environs d'une œillade prudente, voulant être certaine de ne pas avoir été suivi par qui que ce soit, puis sûre d'être seule, se décida à entrer. Le gémissement de stupeur qu'elle poussa mourut dans sa gorge presque aussitôt, alors que son dos se raidissait sous l'effet glacial du fil de la dague qu'on venait de glisser sur sa gorge. Ses yeux de brûmes s'habituèrent rapidement à la pénombre de la pièce, dont on avait masqué les fenêtres à l'aide de voiles rapiécés de tissu noir ou bleu de nuit.

Dans le fond de l'unique salle du bâtiment se tenait trois hommes et une femme. Deux des gaillards restaient légèrement en retrait, entre leurs doigts dansant des lames effilées à l'aspect peu avenant, parcourues de tâches de rouille et de traces de sang coagulé, leurs visages patibulaires coupés de sourires hideux alors que brillait dans leurs yeux une lueur malsaine depuis l'arrivée de la Thalassienne. Entre ces deux gorilles se tenait un homme plus svelte et presque élégant dans sa tenue gilnéenne, ses verres rayés tenant en équilibre sur le bout d'un nez osseux. Les lèvres du bonhomme étaient étirées en un sourire aimable mais véritablement faux, alors qu'il tenait de sa main droite une dague de noble facture. Son bras tendu vers le bas, il gardait le fil de son arme sur la gorge de la femme qu'il gardait prisonnière, cette dernière tenue à ses pieds par ses mèches brunes. Les traces rougeâtres sur sa peau et ses vêtements déchirés par endroits montraient clairement qu'elle avait servie de jouet pour les gaillards en attendant la venue de la Thalassienne.

L'homme qui la retenait sous son joug prit alors la parole, sa voix mielleuse transportant une note malsaine que la fluette n'eut aucun mal à déceler, rendant son attention méfiante quant aux mots prononcés.

« Nous t'attendions. Il était temps que tu arrives, jeune fille. Un peu plus, et ta charmante amie finissait par rejoindre ses pairs, six pieds sous ter-.. »

« Qu'est-ce que vous voulez, misérable larve ? » rétorqua l'elfe, qui couina faiblement sous la pression de la dague que lui infligeait son geôlier pour la punir de son insolence.

« Allons, allons.. Je crois que tu n'es pas en position de laisser ton air hautain ressortir. Garde ta langue de vipère derrière tes dents si tu ne veux pas avoir la mort de ton amie sur la conscience. » ricana le mystérieux homme, hôchant la tête vers celui qui retenait la Thalassienne sous sa dague.

Celui-ci frappa brusquement l'arrière de la rotule de la femme pour la forcer à se mettre à genoux, attrapant alors ses mèches flamboyantes d'une main ferme et tirer vers l'arrière sans la moindre douceur, l'obligeant à regarder son interlocuteur, qui s'était délesté de sa prisonnière pour la laisser entre les mains de l'un de ses hommes de main. Le svelte chef de la troupe s'avança d'un pas lent et mesuré, et d'un petit coup de dague, fit sauter les verres de la jeune femme avant de sourire.

« Tu as de très jolis yeux. Malheureusement, je crains qu'en plus de ne pas être de la bonne couleur, ils soient exactement ceux que je recherchais. Tu sais pourquoi je les cherchais ? » dit-il en s'agenouillant devant elle, posant la pointe de son arme sur le plexus de sa captive. Il sourit de plus belle en voyant que la Thalassienne secouait faiblement la tête en signe de dénégation. « Il y a quelques mois, tu as exécuté trois personnes, dans une petite maison non-loin d'ici, tu t'en souviens ? Ils portaient des vêtements comparables aux miens. »

« Je m'en rappelle.. » articula l'elfe sans quitter l'homme de son regard brûmeux, une lueur sauvage luisant dans le fond de ses yeux, furieuse d'être incapable de pouvoir réagir.

« Et bien, ces trois personnes étaient de ma famille. Et je n'étais pas encore prêt à les voir partir. » répondit le curieux personnage en se redressant, sa longue dague tournant entre ses doigts. Il exécuta un brusque geste en direction du visage de la Thalassienne, l'entaillant au niveau de la pommette, hurlant à pleins poumons. « Mais tu mes les a arrachés ! »

La jeune femme gémit sous le coup, le sang venant lentement s'échapper de la plaie créée pour disparaître au coin de ses lèvres. Elle reporta son attention sur l'homme, qui s'éloignait pour revenir vers la seconde captive, agitant sa dague près de sa gorge.

« Et pour avoir pris la vie de ceux qui m'étaient chers.. Tu vas me regarder prendre la vie de ceux qui te sont chers. Puis, je m'occuperais de toi. »

Le gilnéen se redressa puis opina du chef en direction du colosse qui retenait la captive à ses pieds, tranchant la gorge de la jeune femme d'un mouvement vif. Il laissa ses mèches brunes lui filer entre les doigts alors que le corps gesticulant de la captive s'écroulait sur le sol dans des gargouillis horrible, avant de se figer, l'étincelle de vie quittant son regard pour rejoindre les étoiles. La Thalassienne ne put que couiner à la vue du sang s'échappant par flots de la gorge de celle qui fut autrefois son amie, une larme venant à perler au coin de son œil. Dans un élan de désespoir, elle tenta de se redresser, écartant la dague de son cou pour fuser vers le Gilnéen. Malheureusement pour elle, l'homme fut vif et l'accueillit d'un revers de bras, son poignet percutant sa tempe.
Elle s'écroula dans un bruit sourd, sa vue brouillée par la force du coup qu'elle venait de recevoir. Et alors qu'elle regardait autour d'elle de façon hagarde, la dernière chose qu'elle vit fut une semelle de botte en cuir lui percuter le nez, avant de se sentir soulevée, juste avant de tomber dans les pommes.

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Le trajet que la jeune femme effectua sur l'épaule de l'homme de main fut chaotique, transportée et secouée comme un sac de provisions auquel on ne prêterait pas la moindre attention. Perdue entre la conscience et l'inconscience, l'elfe tentait d'apercevoir quelque-chose de son regard trouble, qui lui indiquerait un lieu connu ou un chemin qu'elle pourrait reconnaître. Gémissant alors qu'elle se réveillait, elle tenta vainement de remuer des bras et des jambes avant de vite se rendre compte que ses poignets et chevilles étaient liés par la corde. Elle sentait également le goût âpre du bâillon sali qu'on lui avait placé entre les lèvres et qui l'empêchait de déglutir correctement, augmentant son état vaseux par manque d'oxygénation; son nez brisé ne lui permettait pas de respirer convenablement et si elle n'était pas libérée rapidement, elle suffoquerait.
Plus d'une demie heure passa sans que la jeune femme ne reconnaisse quoi que ce soit. Elle ne parvenait pas à reprendre des forces, ni même à retomber dans l'inconscience; assez amochée pour ne pas être en état de réagir, mais pas assez pour sombrer. Une véritable torture qu'on lui infligeait, comme pour briser sa volonté. Puis, elle sentit son estomac se soulever en même temps qu'elle basculait sur le côté, avant de percuter lourdement un sol dur et froid contre lequel buta sa tempe. Remuant de toutes les faibles forces dont elle disposait, elle tenta tant bien que mal de regarder autour d'elle, sans succès. Tout ce qu'elle vit fut la botte qu'elle connaissait déjà, qui lui asséna un nouveau coup et la fit replonger dans de terribles songes.

Une éternité semblait avoir passée dans l'esprit de la jeune femme lorsqu'elle sortit de son inconscience vaseuse. Clignant difficilement des yeux, elle s'étonna de pouvoir mâcher dans le vide, son bâillon retiré. Elle observa les alentours de son air hagard et faible, tentant de distinguer les silhouettes de ses agresseurs. N'en voyant aucun, elle essaya de se redresser mais retourna embrasser le sol dans la seconde, ses poignets et ses chevilles toujours liés par la corde, l'empêchant de se mouvoir suffisamment. Elle se tordit le cou pour tenter d'apercevoir une solution pour se libérer, mais abandonna bien vite cette idée. Un craquement retentit dans la pièce et des voix percèrent le silence, se rapprochant de l'unique porte qui permettait d'accéder à la chambre dans laquelle la Thalassienne était enfermée. Elle s'ouvrit à la volée, laissant la lumière envahir l'endroit pour hébéter la jeune femme, qui se sentit soulevée une nouvelle fois avant de retomber sur une chaise. Affaiblie, elle ne put résister et sentit la corde mordre sa chair alors qu'elle était attachée aux barreaux de la chaise, puis forcée à regarder devant elle, sa chevelure auburn empoignée par les doigts sales de l'un des hommes. Le gilnéen qui s'agenouilla devant elle souriait, et elle le reconnut comme le meurtrier de son amie.

« Alors, on se réveille ? Pas trop mal à la tête ? » ricana-t-il en lui tapotant la joue. Il se redressa ensuite et dirigea ses pas vers une table, dans un coin de la pièce. Il y attrapa une sacoche, qu'il vint déposer aux pieds de la jeune femme, ouvrant les pans de cuir pour révéler une rangée de couteaux de différentes tailles. « Maintenant que tu es de retour, nous allons pouvoir parler. J'aimerais savoir pourquoi tu as tué ces gens. Tu sais pourquoi ? » demanda-t-il d'une voix légère, sélectionnant un couteau aussi large qu'un scalpel, remontant son attention sur l'elfe.

Celle-ci, encore vaseuse, secoue mollement la tête en signe de dénégation, tentant d'articuler quelques mots à l'attention de son tortionnaire, qui se délectait visiblement de l'état faiblard de sa captive.

« Non ? Tu ne sais pas pourquoi ? C'est pourtant bien toi qui les a tués, n'est-ce pas ? »

« Je.. Oui.. »

« Mais tu ne sais pas pourquoi tu l'a fait ? Cela t'arrives souvent de tuer des gens sans savoir pour quelle raison ? »

De nouveau, la jeune Thalassienne, incapable d'articuler plus de deux mots de façon intelligible, secoua la tête en clignant difficilement des yeux, tentant d'apercevoir une échappatoire quelconque. Le gilnéen exécuta un geste de main, et son laquais tira brusquement la chevelure de l'elfe vers l'arrière, ce qui lui fit échapper un gémissement de douleur. Elle se retrouva forcée de regarder le plafond, et vit bientôt le visage du tortionnaire se placer dans son champ de vision. Souriant d'un air satisfait, il agitait son petit coutelas, la pointe d'acier s'abaissant lentement vers le visage de la femme.

« Je vais commencer par t'ôter les yeux. Ainsi, tu ne pourras plus jamais voir ce dont tu as privé les autres. » dit-il de sa voix mielleuse et malsaine, alors qu'il apposait son arme sur la peau de la Thalassienne. « Ne t'en fais pas, je sais exactement où découper. Tout est dans la préparation. »

Elle se mit à hurler, sa voix perçante vrillant les tympans de ses tortionnaires. Grimaçant, un autre des laquais du gilnéen s'approcha de l'elfe et lui enfonça le bâillon entre les lèvres après l'avoir mis en boule, l'empêchant ainsi de hurler plus encore. Il lui maintint ensuite les tempes, laissant son employeur jouer de son couteau. Les larmes se mêlèrent au sang qui coulait de la plaie infligée, le gilnéen s'exerçant à découper la peau de l'orbite gauche de l'elfe avec une précision chirurgicale. Rapidement, il en ôta le résultat de son travail pour le déposer dans un petit bol de bois, laissant la peau de la Thalassienne à vif. Alors, il sourit de plus belle en dévoilant une dentition plus ou moins bien entretenue.
Alors qu'il se baissait pour attraper dans sa sacoche un cuiller de métal, des coups sourds résonnèrent dans la pièce. Tous se figèrent, la jeune femme continuant de sangloter, forcée d'observer le plafond alors que les larmes coulaient sur sa peau mise à vif, provoquant une douleur des plus conséquente. De nouveau, les coups résonnèrent, puis un craquement sourd parvint aux oreilles des tortionnaires, qui ne mirent pas longtemps à comprendre.

« Attrapez-les ! Je les veux vivants ! » hurla l'un des nouveaux arrivants en faisant irruption dans la pièce, son glaive en main. Sur son buste était attaché un tabard de tissu brodé du fier Lion d'Or de la Capitale.

À sa suite surgirent plusieurs hommes-en-armes, qui s'occupèrent rapidement de mettre un terme aux agissements des gilnéens, les plaquant sur le sol dur en leur hurlant de ne pas bouger et de ne pas résister. Il ne fallut pas longtemps pour qu'ils soient sortis de la pièce, seul le Maréchal restant dans la pièce avec son subordonné, les deux hommes observant la Thalassienne captive.

« Maréchal ? Qu'est-ce qu'on doit faire d'elle ? » demanda l'homme-en-armes derrière le gradé.

« Qu'est-ce que vous voulez qu'on en fasse ? C'est une elfe. Détachez-la, et jetez-la dans les cachots de la Garnison, ils décideront de son sort. »

« Mais, Maréchal.. Elle est blessée.. »

« C'est pas mon problème. Aux fers. »

« Bien, Maréchal.. »

L'homme s'approcha de l'elfe, passant son pavois dans son dos à l'aide de la sangle prévue, remettant sa lame dans son fourreau de cuir dans un sifflement étouffé. Il passa derrière la chaise où était attachée la Thalassienne, et défit les liens d'un coup de dague. Il rattrapa la jeune femme avant qu'elle ne s'écroule sur le sol, trop faible pour se retenir elle-même. L'homme-en-armes l'attrapa ensuite sous les rotules et derrière les omoplates, la soulevant. Il l'observa un moment, admiratif devant la beauté de son visage malgré la blessure sanguinolente qui marquait désormais son œil gauche. Il se mit alors en route et sortit du bâtiment pour amener la Thalassienne jusque son étalon, l'installant sur la selle de cuir veillant à ce qu'elle ne risque pas de chuter. Puis il attrapa la longe et se mit en route pour la Garnison de la Marche de l'Ouest, jetant parfois un œil vers la jeune femme, vérifiant qu'elle tenait toujours en place.


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